MACRON / COLLOMB - Libéral-Super-Macron : feu de paille ou bombe à retardement pour exploser le champ politique à gauche ?

Emmanuel Macron, Enarque, banquier d’Affaires associé chez Rothschild, Ministre de l’Economie du gouvernement Valls, prétend « révolutionner le système » alors qu’il ne fait que l’habiller de nouveaux oripeaux sociaux-libéraux  pour mieux le conforter.
Depuis la création de son mouvement « En marche » et  son départ du gouvernement,  il fait un tour de France pour promouvoir un programme libéral (beaucoup) et social (un zeste). Il vise le « retour à la croissance et à l’emploi» par un productivisme économique toujours plus « compétitif »  porté par des entreprises libérées des « contraintes inutiles » ; par la liberté individuelle d’entreprendre (« auto-entrepreneurs ») et toujours plus de « mobilité ». Il s’agit aussi de flexibiliser le marché du travail et de s’attaquer au monopole des grands  services publics (exemple le Ferroviaire avec les cars) ; de s’appuyer sur les associations et un syndicalisme « responsables ». L’objectif : « libérer le pays » en s’attaquant aux « tabous » (35h, Code du Travail, protections statutaires, monopoles privés ou publics) car l’ « ubérisation » de l’économie est  incontournable selon lui au nom de la révolution technologique et d’internet. Dans ce programme néo-libéral l’Etat doit quand même jouer un rôle de régulateur et de protecteur des droits « à minima ». Il prétend «dépasser les clivages gauche-droite » et ose se réclamer d’une «  gauche du réel ». La balance de ses soutiens, à droite et au centre (Gattaz président du Medef, l’Institut Montaigne proche du patronat, des centristes de l’UDI, Erik Orsena), dans la droite du PS (Terra Nova, le think tank « réformateur » du PS dont Gérard Collomb est un des animateurs), les inévitables Jacques Attali et Daniel Cohn-Bendit, montre de quel côté il penche ! Et c’est Hollande qui l’a recruté comme symbole de ses propres reniements de gauche ! Ils se concurrencent donc sur le même terrain du libéralisme destructeur pour la gauche.

Gérard Collomb, le Sénateur- Maire - Président de la Métropole de Lyon met les petits plats dans les grands pour promouvoir la candidature de Macron à la Présidentielle de 2017 : il assiste hebdomadairement aux réunions du staff de Macron à Paris ; il l’a accueilli à l’Hôtel de Ville lorsqu’il était Ministre avec tout le gratin du patronat local. Cela ne se passe pas sans remous au sein du PS local et national dont témoignent les nombreux désistements de notables socialistes français et de membres de gouvernements européens à la réunion du « Sommet des réformistes européens » convoquée à Lyon les 23-24/09, à cause de l’invitation faite à Macron. Cela démontre que si l’hypothèse de sa candidature à la Présidentielle est bien réelle et son élection un mirage lointain, les dégâts qu’il fait des à présent au sein du PS et qu’il peut faire à gauche sont pris au sérieux. Le paradoxe qui ajoute à la confusion ambiante, c’est que le projet de Macron, converge avec ceux de Gérard Collomb, Valls et Hollande quant à  leur volonté commune d’en finir avec un PS se référant encore à sa tradition social-démocrate de transformation sociale. Leur but est transformer le PS en un parti « démocrate », c’est-à-dire un parti s’assumant ... de droite « moderne ». Peuvent-ils ils parvenir à leurs fins ? Il y a loin de la coupe aux lèvres.

Ce qui est sûr c’est que l’exemple de la gestion de la Métropole lyonnaise par l’équipe de Gérard Collomb et la politique social-libérale mise en œuvre peuvent servir d’illustration concrète du projet de Macron. En effet Gérard Collomb - ce « socialiste pas comme les autres » (François Turcas, président du syndicat patronal CGPME)- vient de parachever en 2015 la construction «métropolitaine » amorcée il ya 26 ans, par  Michel Noir (1990) et  son successeur Raymond Barre. Ils ont  fait de Lyon une Métropole européenne « compétitive » dans la guerre économique  au service du nouveau capitalisme financier, des  nouvelles oligarchies dominantes et des couches supérieures du salariat. Ce sont elles et les actionnaires des grands groupes privés qui bénéficient au premier chef des avancées technologiques des grands « pôles de compétitivité » (santé, chimie, transports urbains, loisirs numériques, textile..). Ces classes sociales supérieures s’enrichissent toujours plus au détriment de secteurs de la population marginalisés par des  fractures sociales et géographiques de plus en plus grandes : A Lyon 15% de personnes au chômage et travailleurs pauvres vivent avec le montant du seuil de pauvreté : 977€ mensuels.  Il ne faut pas s’étonner dès lors que cette politique « de l’offre » répondant aux intérêts des capitalistes tourne le dos aux besoins sociaux, écologiques et démocratiques du plus grand nombre : Lyon détient un record en matière de pollution (cf la mobilisation des parents d’élèves de l’Ecole Michel Servet près du tunnel de la Cx Rousse) ; la crise du logement social est chronique ; l’accueil des réfugiés est homéopathique (400 pour une  Métropole de 1,2 Millions d’habitants) et scandaleusement déficient  en ce qui concerne les « sans papiers » au nom de la théorie réactionnaire et fausse de « l’appel d’air » ; des pans entiers de la ville  (quartier Grolée) sont vendus au secteur privé ; de grands services publics d’agglomération (Eau, Déchets ...) sont délégués au privé ; des services publics de proximité sont fermés (Bains Douches du 1er ) ou voient leur tarifs augmenter (piscines, crèches...) et des équipements publics sont bradés au privé (ex Hôtel Dieu, Salle Rameau...)
La gestion de Gérard Collomb et de son équipe à Lyon et dans la Métropole lyonnaise depuis 2 mandats (12 ans), c’est du « Macron en actes »... Celui-ci devrait se trouver comme un poisson en eaux libérales entre Saône et Rhône... De là à avoir un destin national à partir de ce « modèle lyonnais »...

La vraie gauche,  dans toutes ses composantes, localement et nationalement a la responsabilité de résister à cette offensive d’un social-libéralisme « de type nouveau » qui prétend promouvoir un homme politique « jeune » et providentiel qui surfe sur le discrédit de la classe politique dominante et la perte de repères fondateurs pour faire éclater le clivage  « droite-gauche ». Dans le contexte de crises majeures que nous connaissons, loin de constituer un « barrage » à la droite et au FN le risque majeur de cette « macronite », c’est de les renforcer. Pour y parvenir la vraie gauche doit être unie dans toutes les luttes : de celle contre la « loi Travail et son monde » à celle contre les grands projets inutiles comme l’aéroport de NDDL, celles pour la régularisation des sans papiers et l’accueil des réfugiés, sans oublier le soutien aux salarié-es qui veulent reprendre leur entreprise en SCOP comme à Ecopla en Isère, en montrant qu’il existe des alternatives concrètes portées par les mouvements sociaux et leurs acteurs-trices. Elle  doit aussi s’unir autour d’une plate-forme commune dans les élections, notamment législatives, pour montrer qu’une gauche d’alternative, antilibérale et de transformation sociale existe dans ce pays et peut redonner confiance au peuple de gauche désorienté et écœuré par le quinquennat de Hollande.
Armand Creus