Résolution politique issue du Collectif National des 8 et 9 février 2014

Notre collectif national devait aborder, dans une situation difficile, plusieurs tâches à la fois :
- analyser une séquence politique tout à fait exceptionnelle ;
- répondre aux problèmes du Front de gauche en proposant une relance de celui-ci par des activités communes ;
- construire et animer notre jeune mouvement dans son fonctionnement, son apparition, la mutualisation des expériences, la circulation des informations.

Il fallait donc faire des choix. Car nous disposions d’un jour et demi de discussions. C’est pourquoi nous avons centré nos propositions politiques sur les initiatives à prendre en rapport avec le pacte de responsabilité de Hollande, qui représente sans aucun doute un moment de basculement dans le quinquennat, à un moment où l’avancée du projet d’hégémonie de la droite la plus réactionnaire marque l’actualité et occupe la rue. Ce choix a eu pour conséquence de ne pas tout traiter.
Dans cette période charnière, nous nous fixons comme objectif :
- La droite ultra alliée à l’extrême droite occupe la rue et tente de capter à son profit la colère et la désorientation. Il est donc plus qu’urgent de contribuer à l’organisation d’une riposte unitaire sociale, démocratique et écologique, dans la rue, à la politique gouvernementale et à l’offensive patronale, ce qui implique une prise de conscience du sursaut nécessaire afin de reprendre l’initiative. Si Front de gauche doit prendre sa place dans cette remobilisation sociale, il est clair que le mouvement syndical et le mouvement social doit en être l’épicentre. C’est pourquoi nous participerons et favoriserons toutes les initiatives, les convergences permettant aux revendications sociales et écologiques de se faire enfin entendre nationalement comme elles le sont à Marseille concernant les luttes d’entreprise ou dans la région nantaise sur le front écologique.
- Il s’agit également, dans une situation marquée par le découragement, la désorientation et une offensive réactionnaire, d’offrir des repères clairs, des explications sur le pourquoi et le comment du pacte de responsabilité, c’est à dire l’alliance gouvernement MEDEF.
- Construire un front social et politique totalement opposé à cette accélération des politiques libérales. Il s’agit de rassembler l’ensemble de la gauche sociale  et politique pour censurer cette politique. Pour réussir, c’est l’alliance de courants politiques, de syndicalistes, d’animateurs du mouvement social, de réseaux de mobilisations contre la xénophobie et pour l’égalité des droits qu’il est nécessaire de forger. Des initiatives de rue et d’assises sont à envisager.
- De prendre la mesure de la crise démocratique qui frappe le pays. Qui est légitime pour adopter un pacte qui va reformater la société française, remettre des droits acquis depuis la Libération, creuser davantage les inégalités ? Certainement pas les pouvoirs en place et le MEDEF. La campagne présidentielle de F. Hollande et les législatives qui ont suivi n’ont jamais défendu un pacte commun avec le patronat sur un tel contenu. Il est donc normal que le peuple soit consulté au regard même des enjeux. C’est pourquoi Ensemble est ouvert à toutes les propositions permettant de s’opposer au pacte de responsabilité : mobilisation sociale, pression sur les parlementaires de gauche, censure du gouvernement si celui-ci oblige à voter la confiance et rallie des voix de droite, consultation populaire… Soyons bien conscients aussi qu’il n’y aura pas de changement de politique gouvernementale sans un retour au suffrage universel, un changement de majorité.
La discussion sur la situation politique, d'abord en plénière, puis en commissions, et finalement en commission de synthèse, a permis une progression de la réflexion collective, et de mieux cerner les enjeux et difficultés de la situation. Cela a débouché d'une part sur des amendements au texte de la résolution, d'autre part sur l'élaboration d'éléments d'une « feuille de route » pour Ensemble qui figurent à la suite de cette résolution. En outre, diverses commissions ont apporté des compléments thématiques à la résolution, qui figurent à sa suite.

Contre le pacte Hollande-Medef, riposter et rassembler à gauche 

1) Dans ce contexte de désagrégation sociale et en même temps d’accroissement des inégalités (selon l’OXFAM, 80 personnes dans le monde possèdent autant que 3 milliards d’êtres humains !), le socle des valeurs démocratiques et républicaines est fortement attaqué, comme le montre l’impact des propos de Dieudonné dans une partie de la population, l’hostilité vis-à-vis des musulmans, la méfiance profonde vis-à-vis des étrangers.
La prise de distance des populations vis-à-vis du « politique » n’a jamais été aussi grande. Les capacités d’offensive d’une nouvelle droite et une nouvelle extrême-droite, ressourcées sur des valeurs réactionnaires (contre le mariage pour tous, contre le droit à l’avortement, contre les droits sociaux), montrent qu’elles ont atteint un objectif : coaliser les mécontentements, les réflexes néopoujadistes, le mal être social, les crises, autour d’un bloc idéologique réactionnaire postulant à devenir une force hégémonique. Les politiques répressives et anti-roms de Manuel Valls ont des effets de banalisation du racisme. Les réponses données à Dieudonné accroissent la confusion la mise en cause des libertés publiques. Le FN n’a pas besoin de faire campagne pour exister, les autres le font pour lui. Il est légitimé. Le vote FN n’est plus un vote honteux. Il apparaît « antisystème », appuyé sur des réponses simplistes : préférence nationale, sortie de l’euro, protectionnisme.
Les décisions annoncées par F. Hollande en janvier 2014 représentent une attaque sans précédent contre les acquis sociaux du pays (protection sociale), contre la démocratie (brutalisation des collectivités territoriales, condominium franco-allemand pour le leadership en Europe), contre les valeurs de gauche. C’est un véritable pacte avec le Medef que signe Hollande,  sans aucune contrepartie comme Gattaz ne cesse de le répéter depuis. Hollande met ici en œuvre, notamment par la suppression des cotisations familiales versées par les entreprises depuis 1945 (35 milliards), l’application concrète de ce qu’exigeait le patron Denis Kessler : le démantèlement « un à un » des acquis du Conseil national de la résistance. L’engagement d’économies de 50 milliards d’euros sur les dépenses publiques va aggraver la crise, affaiblir encore plus les services publics et la possibilité même de politiques publiques, mettre les collectivités territoriales sous la tutelle de l’Etat central (projet de l’Acte 3). Politiquement, Hollande déchire publiquement ses déclarations du Bourget en janvier 2012, notamment contre la finance et pour la justice sociale. Reprenant sciemment le programme du patronat, il va amplifier considérablement la conviction déjà répandue que les « politiques » ont le même projet, à gauche comme à droite.
Cette désintégration sociale et idéologique provoque une désorientation profonde du peuple de gauche et la notion même de gauche est interrogée.

2) La crise politique du pays prendrait évidemment un autre visage si des luttes sociales se développaient. La France a connu ces dernières années des mouvements sociaux considérables dont le mouvement des retraites de 2010 est le dernier exemple en date. Ces mouvements ont été le signe d’un rejet profond des solutions néolibérales dans le salariat et plus globalement dans la société française. Aujourd’hui, des luttes éclatent, parfois très combatives. Mais elles restent isolées, fragmentées, débouchant parfois sur des actions désespérées (licenciements) faute de rapport de forces national. La quasi paralysie des directions des grandes forces du mouvement syndical, quand ce n’est pas pour certaines leur collaboration avec le gouvernement comme sur l’ANI ou les retraites, pèse lourd.
Le blocage politique national à gauche agit comme un couvercle, une tétanisation, dans un pays où l’expérience des alternances gouvernementales a été faite plusieurs fois, sans parvenir à faire émerger une force alternative suffisante sur la scène nationale, malgré le progrès du Front de gauche. Les possibilités seraient différentes si des prises de positions publiques critiques émergeaient vraiment, en plus du Front de Gauche, issues de secteurs du PS ou d’EELV. L’objectif et le pari de François Hollande est de les empêcher.
Il est donc décisif que dans les luttes sociales et démocratiques de résistance, dans le syndicalisme, dans le mouvement associatif, le lien soit fait entre les exigences immédiates et la nécessité de réponses politiques alternatives, afin de faire naître un Front social et politique de résistance et de contre-offensive.  On se rappelle l’impact très fort du débat sur la nationalisation (très partielle pourtant) d’Arcelor, porté par le syndicalisme. Le Front de gauche a de ce point de vue une responsabilité particulière.
3) La question déterminante est donc de faire émerger une alternative à gauche sur la scène politique nationale. Nous sommes dans l’opposition de gauche à un gouvernement qui cherche l’accord avec le Medef. Mais s’opposer ne suffit pas à démontrer sa crédibilité politique pour construire une majorité alternative. Il faut avant tout être une force de propositions, d’initiatives, qui permettent une implication populaire.
Le Front de gauche est un point d’appui décisif pour ce faire. A condition qu’il maintienne son unité sur une base stratégique claire d’opposition au gouvernement, qu’il se transforme pour devenir un véritable mouvement politique dépassant la cartellisation actuelle, pour construire un bloc sociale et politique porteur de propositions. Cela passe par des luttes, par une clarification du rapport du FDG au mouvement social, et par une démarche de rassemblement des forces politiques, y compris des secteurs du Parti socialiste, d’EELV, et d’extrême-gauche.
Le Front de gauche peut et doit au plus vite confirmer, après la crise qu’il a connu, la relance de ses propres campagnes et de son activité, dans les campagnes électorales en cours, et dans les mobilisations. Face aux défis posés dans le pays, il peut et doit réaffirmer une cohérence politique nationale, qui est nécessaire et possible. Il est traversé de débats qui peuvent avoir une portée stratégique, mais qui jusqu’ici ne l’ont pas fait dévier de son projet fondamental : construire une alternative au social-libéralisme, changer les rapports de force à gauche, redonner l’espoir.
Ensemble a fait des propositions pour surmonter la crise récente. Notre mouvement se félicite que les discussions entre le PG et le PC vont dans cette direction. Mais le Front de gauche ne se réduit pas au tête-à-tête PC et PG. C’est un front large, dont l’audience nationale et le succès dépendent de son image unie, rassemblée, où toutes les composantes jouent leur rôle, où les personnes non encartées peuvent et doivent avoir un rôle actif, dans les assemblées citoyennes, dans le Conseil national, dans la définition des campagnes.  C’est possible pour la conduite des élections municipales, et pour lancer au plus vite la campagne européenne.  Mais aussi dans des initiatives politiques unitaires en défense de tous les droits.

4) Nous proposons donc au Front de gauche d’agir pour développer tous les moyens de s’opposer au Pacte de responsabilité de Hollande. Notre réponse est d’abord politique. François Hollande  a annoncé « un moment de vérité » en engageant la responsabilité du gouvernement et en mettant sa majorité au pied du mur. Face à cet oukase, nous mettons en débat plusieurs propositions complémentaires :
- Placer les députés du PS, d’EELV, tous les autres élus ou candidats de gauche aux élections, les partis de gauche et leurs sympathisants, devant leur responsabilité. Tous sont tenus de dire clairement si l’oukaze présidentiel, acte d’un seul homme à la tête d’institutions anti-démocratiques, représente un objectif partagé ou une régression considérable pour le pays. Le Front de gauche peut être à l’initiative d’une campagne nationale sur la base d’un appel de députés de l’AN ou européens, en essayant d’élargir au-delà de ses rangs (maire de Bègles ? E. Joly, ...), pour refuser de voter la confiance.
- L’enjeu démocratique est important. Car Hollande tourne le dos aux motivations qui ont provoqué une mobilisation politique et électorale en 2012 pour chasser Sarkozy. C’est pourquoi, nous devons proposer que le « moment de vérité » que François Hollande veut imposer à sa majorité, soit offert à tous nos concitoyens, et pas seulement aux députés. Si, comme l’affirme le président de la République, le Pacte de responsabilité engage la France sur une voie nouvelle, il faut que nos concitoyens puissent en décider directement.
Nous mettons en débat une demande démocratique élémentaire : le Pacte de responsabilité, mais aussi Grand Marché transatlantique comme les restructurations brutales des collectivités territoriales appellent l’organisation  d’un référendum. Le Pacte de responsabilité soumettant toutes les politiques sociales et économiques au bon vouloir du MEDEF jusqu’en 2017 heurtent les attentes du plus grand nombre et paralysent bien des réactions. Demander un référendum vise à montrer qu’il faut rendre la parole au peuple.
Cette proposition permettrait au FdG de mener une campagne offensive, de mettre en avant la question de la souveraineté populaire, occasion d’une campagne intense de politisation dont nous sortirions grandis.
- Conformément au texte stratégique du Front de gauche de janvier 2013, aux mobilisations du 5 mai 2012 et aux Assises du 16 juin, nous devons engager un débat avec les socialistes ou les écologistes, avec tous les citoyen-nes qui se réclament de la gauche et qui recherchent une autre solution, une autre politique, une autre majorité possible. Nous ne leur demandons pas de rejoindre le Front de gauche. Mais de prendre des initiatives qui,  ensemble,  nous permettent de faire converger les forces et créer un débat autour d’une autre politique. Le Front de gauche doit  avoir un positionnement permanent d’ouverture, d’interpellation constructive, de recherche de dialogue.
Cette proposition, pour se construire, passe aussi par des discussions avec les forces militantes des syndicats, des associations, des réseaux de défense démocratique contre les discriminations, le racisme et la xénophobie.
Tenons dès que possible des Assises pour une Alternative à l’austérité et créons les conditions pour les manifestations qui souligneront les enjeux des européennes contre les politiques libérales et les rejets des attaque réactionnaires face à la droite et au FN.
Ces axes ont été précisés par les travaux du Collectif National, ce qui a permis d'élaborer des éléments d'une « feuille de route » pour Ensemble qui figurent à la suite de cette résolution.
Nous proposons un débat ouvert autour de quelques axes, qui, s’ils faisaient accord, engageraient un début de politique alternative :
- Refus du pacte de Hollande et du Grand Traité transatlantique ;
- Défense et progression des acquis sociaux : retraites, salaires (SMIC !), sécurité sociale professionnelle, interdiction des licenciements boursiers, réduction du temps de travail, blocage de la précarité ;
- Contre la finance, réforme fiscale radicale, blocage de la tricherie fiscale, taxation des spéculations internationales ;
- Urgence écologique : plan d’isolation thermique des bâtiments, transports collectifs, préparation de la Conférence climat, énergies renouvelables, lutte contre les GPII ;
- Droits démocratiques :
Contre le développement  des idées racistes, contre les discriminations, contre l’extrême droite, pour la défense et l’extension des droits démocratiques (droit de vote des étrangers, régularisation des sans papier, liberté de circulation de d’installation …)
Contre la 5e République : proportionnelle, pourvoir renforcé du parlement, limitation des pouvoir du président de la république et constituante
- Défense du droit des femmes
- Europe : désobéissance aux effets des traités, rupture et refondation.
Nous préparons donc les conditions pour une nouvelle phase des Assises contre l’austérité et pour une autre politique, en juin prochain, pouvant déboucher sur la mise en place d’une Coordination permanente à gauche contre l’austérité.
Pour préparer de telles initiatives, le Front de gauche doit commencer par une phase de rencontres bilatérales : Gauche avenir, Maintenant la gauche, EELV, syndicats et  associations. Mais notre mouvement Ensemble peut aussi prendre des contacts.

5) Agir Ensemble ! 
Même pendant une période électorale, il faut agir sur les urgences sociales, écologiques et démocratiques.  Ensemble ! a la responsabilité de préparer les conditions de ces actions,  de les proposer au Front de gauche, d’agir seul si le Front de gauche refuse et quand cela est possible. 

Compléments thématiques à la résolution politique : 

Luttes sociales et débats

- Stop TVA : nous sommes pleinement engagés dans la campagne stop-tva avec la signature de la pétition en ligne (www.stop-tva.com), l’envoi de cartes postales à Hollande, impulsés par un Collectif national unitaire mis en place après la manifestation du 1er décembre 2013 (avec une présence syndicale trop limitée). Mais les annonces de Hollande modifient toute la situation : les enjeux dépassent considérablement la hausse de la TVA pour payer les 20 milliards du CICE (voir la résolution politique en débat). Le projet de manifestations pour le 8 février n’accroche pas dans ces conditions. Le Collectif national rediscutera de ses objectifs après la journée de signature massive de rue du 8 février.
- Licenciements-emploi : les plans de licenciements tombent presque chaque jour et plus personne n’en parle, après une phase où ce débat était au coeur de l’actualité (PSA, Arcelor, Petroplus, Licencielles...). La situation en Bretagne de l’automne 2013 a été un signal d’alarme sur les capacités d’une certaine droite à prendre la tête des mobilisations.
Nous proposons de ne pas lâcher prise afin de reprendre l’initiative, par nos propres moyens et avec le Front des luttes du Front de gauche chaque fois que possible :
- Organisation d’une réunion de travail avec nos camarades bretons (le matin de la manifestation de Notre Dame des Landes le 22 février), afin de déboucher sur un document politique de Ensemble et envisager des actions face aux Bonnets rouge qui préparent des Etats-généraux. Le Front des luttes est sur la même idée.
- Continuer le travail d’atelier législatif sur la loi contre les licenciements, en approfondissant sur les alternatives, sur l’économie sociale et solidaire (en lien avec la commission thématique du FDG), sur la sécurité sociale professionnelle.
- Remettre à l’ordre du jour la réduction du temps de travail, avec un aspect d’approfondissement du débat, et une recherche des bases d’appui pour l’action.
- Envisager des Assises de l’emploi préparées avec le mouvement syndical et associatif entre les deux élections. Accord de principe du Front des luttes.
- Soutien à l’action de la Convergence de défense des services publics, qui redémarre une campagne prolongée en lien avec les élections municipales et européennes, et qui regroupe plusieurs fédérations de la CGT, de la FSU, de Solidaires, et les forces politiques. Un débat de fond est lancé sur l’Acte 3, débouchant sur une interpellation des élus et candidats. Un meeting est envisagé entre les deux élections.
- Popularisation des initiatives, circulation des informations : soutien à la journée intersyndicale contre la fascisme du 29 janvier, action des inspecteurs du travail, etc. 

Écologie : Des mesures de ruptures immédiates !

La lutte contre le dérèglement climatique est un enjeu majeur pour la survie des humains sur notre planète.
Le dernier rapport de l'ONU par l'intermédiaire du GIEC alarme d'une façon claire, ce ne sont plus des probabilités, ce sont des certitudes si des mesures mondiales ne sont pas prises immédiatement, ce sont des pays entiers qui disparaîtront, des migrations massives, l'agriculture et la sécurité alimentaire exsangue, un déséquilibre économique et écologique qui entraîneront un bouleversement irrémédiable et non maîtrisé de nos structures géopolitiques à partir d'aujourd'hui et les décennies futures.
Il ne se passe pas une semaine sans que des dérèglements climatiques ne nous rappellent l’urgence de réponses adaptées, qui existent, mais ne sont pas mises en place car elles nécessitent des politiques différentes, courageuses, souvent de bon sens, en rupture avec le système ultra-libéral.
De son côté, ce système capitaliste a mis en place des réponses inadaptées, mais lucratives, qui vont accélérer les catastrophes. Ici, on invente un "marché" pour vendre des droits à polluer, là, on soutient le développement du nucléaire avec l'argument qu’il ne produirait pas de gaz à effet de serre, en oubliant l'extraction d'une énergie non renouvelable, en taisant la question des déchets et tous ces dangers. Ailleurs on nous explique les vertus des agrocarburants...
Plus ambigus, les tenants de cette idéologie, arguant du chômage croissant, nous proposent des solutions carrément à contre sens. Ici on relance l’activité automobile et l’utilisation du diesel, là, sous la pression des lobbies, on stoppe la mise en place d’une écotaxe, on met en place le Zéro taxe sur le kérosène, la TVA réduite sur les lignes intérieures, ailleurs on développe de grands projets inutiles et imposés. Là aussi la liste pourrait être fastidieuse, mais le cas de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes est à ce titre symbolique.
Nous devons faire converger nos luttes et nos actions avec les initiatives qui seront prises contre les traités US transatlantiques, transpacifiques et la perspective du sommet sur le climat qui se tiendra fin 2015 à Paris (Conférence des parties à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques - COP21 -).

En France

Si les luttes écologistes se poursuivent en France, elles connaissent depuis l'élection de F. Hollande en 2012 des hauts et des bas. Du coté des bas, la lutte antinucléaire n'a pas connu de développement significatif après l'émoi provoqué par la catastrophe de Fukushima malgré un léger renforcement des associations antinucléaires. La crise dans le réseau Sortir du Nucléaire, la participation d'EELV au gouvernement et l'attentisme quant aux décisions de fermeture de certains réacteurs rendent difficiles des actions de masse.
Concernant les gaz de schiste, si la position officielle de la France n'autorise toujours pas les forages, le lobbying des compagnies pétrolières, souvent relayé par Arnaud Montebourg, risque de rouvrir le dossier et les mobilisations. De plus les dernières recommandations de l'Union Européenne laissent la porte ouverte à la fracturation hydraulique, tandis que plusieurs gouvernements de pays de l'UE (Pologne, Grande Bretagne...) se lancent dans l'exploitation. Cette fuite en avant est en contradiction totale avec l’impératif de laisser les 2/3 des énergies fossiles sous terre pour préserver le climat, de l’aveu même de l’Agence Internationale de l’Énergie.
L'urgence de la lutte du dérèglement climatique et la COP 21 qui se tiendra en déc. 2015 à Paris, va concentrer les initiatives et les actions pendant ces deux années. Il nous faut prendre part et faire connaître les développements et les alliances entre les diverses associations, ONG, syndicats et organisations politiques, qui vont converger pour ce moment fort.
L'explication politique va en partie nous revenir, pour mettre en avant l'alternative politique que nous souhaitons.
L’action et le mouvement restent déterminants pour de possibles victoires. Les derniers exemples, du recul de l’État dans la construction de la "Ferme des 1 000 vaches " et la reconnaissance du droit des paysans de ressemer et d’échanger librement les grains et plants produits dans leur ferme (la « Confédération Paysanne » était à la pointe de ces combats), nous y encouragent !
Le dossier le plus politique, autour duquel s'agrègent les résistances, demeure l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes. Après une période d'incertitudes suite à l'échec de l'opération militaire nommée César de l'hiver 2012-2013, le gouvernement avec les promoteurs du projet se disent décidés à accélérer la construction de l'aéroport. Quatre décrets signés par le préfet de Loire Atlantique en décembre ouvrent la voie au début des travaux, mais des recours juridiques sont engagés par les opposants. Sur place, les opposant-e-s occupent la ZAD (plusieurs aspects d'alternatives concrètes sont à regarder avec bienveillances et certainement à encourager), ailleurs les collectifs de soutien à la lutte restent très mobilisés. Plus de cent étaient présents lors de la dernière rencontre inter-comités fin janvier, dans la perspective de la manifestation du 22 février prochain. Celle-ci revêt une importance particulière. En 2012-2013, toutes les manifestations qui ont connu un grand succès (réoccupation en novembre, Sème ta ZAD en avril, chaine humaine en mai, rassemblement estival en août) se sont déroulées sur le secteur de Notre Dame des Landes.
Le 22 février, la manifestation aura lieu à Nantes, et rassemblera tous les collectifs et organisations de soutien à la résistance à l'aéroport. Il est crucial, en cette période de doutes sur ce que va faire le gouvernement, qu'elle soit la plus massive et qu'elle se passe le mieux possible.
Concernant Ensemble, les camarades du 44 préparent un tract commun avec les autres opposants membres du FdG et une banderole commune. Nous appelons tous les miliant-e-s et opposant-e-s, ainsi que nos porte-parole à participer nombreux-euses à cette manifestation.
Nous nous investissons dans les collectifs locaux et participons à l'organisation des transports collectifs pour Nantes le 22 février. Pour plus d'infos : http://22fevrier2014.blogspot.fr/.
Nous devons dans chaque Région faire connaître les bagarres de même type (les Grands Projets Inutiles et Imposés - GPII -), pour les relancer et qu'elles participent à une vision globale des aspects néfastes que le système mets en place au nom d'une croissance qui va à l'inverse des solutions alternatives. Nous devons prendre part et/ou lancer des initiatives de mobilisation.
Nous proposons de populariser et encourager la mise en place de villages alternatives “Alternatiba” qui répondent à l’appel qui a été lancé le soir du 6 octobre en clôture d’Alternatiba à Bayonne, et qui vise à multiplier les villages des alternatives en 2014 et 2015, dans la perspective du sommet sur le climat qui se tiendra fin 2015 à Paris (COP21).Nous proposons aux personnes impliquées ou intéressées par l’organisation de ces nouveaux villages des alternatives de participer à une réunion de coordination nationale des Alternatiba, le samedi 22 février à Nantes, de 9H30 à 12H00, avant la manifestation contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

 

International


Ensemble s’investit dans la campagne unitaire « Stop Tafta, le GMT ne se fera pas », affirme son opposition à ce traité commercial qui accentue considérablement les menaces qui pèsent sur les normes et réglementations en matière de santé, d'alimentation, d'énergies, de droits sociaux pour les peuples des deux côtés de l'Atlantique. Nous demandons l’arrêt des négociations et portons le mot d’ordre de référendum. Ensemble relayera la pétition européenne et s’investira entre autre dans la préparation de la semaine d’action européenne de convergence des mouvements contre ce traité prévue entre les 17 et 25 mai 2014.

 

Luttes féministes


Les atteintes aux droits des femmes se multiplient en France comme en Europe : fermetures de maternités et de centres IVG (application de la loi HSPT), défense rétrograde et réactionnaire de la famille traditionnelle avec les manifestations de la "manif pour tous" remettant en cause entre autres le mariage pour tous ainsi que l'éducation à l'égalité garçons/filles...
Parallèlement, des débats et/ou des projets de lois sont en cours sur l'égalité professionnelle et l'égalité des salaires, la défense et la protection des femmes prostituées, avec la question controversée de la pénalisation du client, la PMA, les violences faites aux femmes... Ces débats sont souvent très relayés médiatiquement sans toutefois provoquer apparemment une mobilisation à la hauteur dans "le peuple de gauche".
Pourtant, partout en Europe, des réactions fortes se sont manifestées contre la volonté du gouvernement espagnol de remettre en cause le droit à l'avortement, alors que les attaques contre les centres IVG ne suscitent pas la même émotion au quotidien. Cela indique que des forces sont disponibles pour chercher les voies d'une riposte aux attaques de cette droite qui manifeste. Dans les mois qui viennent, il nous faut donc être particulièrement vigilants à participer aux initiatives locales ou nationales qui se créent pour faire avancer les droits des femmes, ou pour empêcher que ceux-ci ne reculent :
- la manifestation du 8 mars prendra cette année une importance particulière
- celle du 8 février, qui verra les organisateurs de la campagne "pour l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes, maintenant !" remettre les pétitions au ministère du travail.
- les 20 et 21 mars, la journée intersyndicale femmes, à l'initiative de la CGT, Solidaires, FSU
- les mobilisations de la "coordination des hopitaux et maternités de proximité", contre les démantèlements de la loi HSPT (maternité des Lilas entre autres...)

Éléments d'une « feuille de route » pour Ensemble

I/ Dans la situation présente, nous sommes confrontés à 2 données :

1- Le changement de situation (autre chose est le débat sur le « tournant » ou pas de F. Hollande) que marque le « Pacte de responsabilité » et son acceptation par le Medef. Donc une politique de réponses favorables aux principales exigences du patronat qui reçoit le soutien, outre du patronat lui-même, de la direction de la CFDT, des classes dirigeantes européennes (Commission de Bruxelles, gouvernement allemand etc...). Et qui, via le vote de confiance de l'Assemblée, va placer tous les partis devant un acte décisif : approuver ou condamner !

François Hollande a raison de définir cette situation comme un « moment de vérité ».
Il s'agit d'un choix déterminant pour la suite du quinquennat, auquel nul ne peut échapper.
Ce pourquoi d'ores et déjà une réorganisation du champ politique est en cours : les organisations de gauche, en particulier celles de la majorité gouvernementale, doivent se rallier ou rompre, la droite se divise entre soutien et radicalisation, les divisions se développent au sein du mouvement syndical et social...
Pour le Front de gauche, il s'agit aussi d'un moment de vérité puisque lui est posée la question de sa capacité à proposer une alternative à cette politique, et cela en direction de toute la gauche.

2- Des attaques puissantes d'une droite réactionnaire, qui fait montre d'un potentiel important de mobilisation sociale et d'une détermination politique forte, conduit celle-ci à occuper systématiquement la rue pour s'opposer à d'importants droits et libertés : le mariage pour tous, les droits des femmes et l'IVG, la question du genre, la défense de la famille traditionnelle, etc. Mêlant ainsi des mobilisations organisées par une droite néoconservatrice, en lien avec une partie de la hiérarchie catholique, mais en recherche d'un relais politique, et des groupes fascistes qui, au-delà du Front national, exacerbent le racisme, l'homophobie, l’antisémitisme...

Il est nécessaire de répondre sur ces deux axes, mais il faut admettre qu'il n'existe pas de réponse disponible permettant de les combiner facilement. Alors que face à la droite réactionnaire il faut construire des ripostes unitaires les plus larges possibles, la bataille contre le « Pacte responsabilité » nécessite une opposition claire et déterminée à la politique du gouvernement soutenue par le Parti socialiste.
Dans cette situation, la proposition  formulée par le NPA d'un « week-end de révolte de gauche », qui fonctionne en miroir des mobilisations organisées à droite, conduirait à mettre en avant un  fourre-tout qui créerait des confusions ne pourrait qu’affaiblir les mobilisations nécessaires. (Cf. dans la lettre du NPA : « Pour stopper la droite et l’extrême droite il est nécessaire de mettre un coup d'arrêt à cette politique d'austérité Hollande-Ayrault qui renforce le patronat et la droite et crée le terrain de l'offensive des forces réactionnaires. »)

Ensemble propose au FDG d'avancer des propositions d'initiatives unitaires dans un cadre évitant ces erreurs.

II/ Dans les mois qui viennent, dans un contexte dominé par les élections successives municipales et européennes, des initiatives de mobilisation sont prévues, d’autres s'y ajouteront. Ensemble va s'y investir pleinement, et elles seront autant de jalons sur la voie d'une alternative globale :
- Poursuite de la campagne contre la hausse de la TVA
- 22 février Notre-Dame-des-Landes
- 8 mars, dans le contexte d’attaques contre l'IVG en Espagne et des fortes réactions qui se sont faites jour, il s'agit d'un rendez-vous important ; susceptible de renforcer la perspective de manifestations à l'échelle européenne en avril.
- Initiatives de solidarité avec les Sans-papiers et contre le racisme (22 mars)
- Est évoquée pour mars une mobilisation syndicale (le 18 sur proposition de FO)

À quoi il faut ajouter les débats engagés à propos du Grand marché transatlantique, qui peuvent déboucher sur l'exigence d'un référendum. Ainsi que les questions liées à la refonte des collectivités locales.

Sur toutes ces questions, voire en réaction à une agressivité de la droite, peuvent voir le jour des ripostes dont nul aujourd'hui n'a la maîtrise.
La perspective d'une marche contre l'austérité à l'échelle européenne, avec la  participation en France d'Alexis Tsipras a été évoquée par Pierre Laurent pour début avril. Une telle initiative pourrait permettre de dynamiser la campagne des européennes, et s'appuyant sur la situation en Europe du Sud montrer qu'entre les différentes questions auxquelles nous sommes confrontés existent bien des relations qui se nouent dans les politiques de régression sociale et démocratique  des classes dirigeantes. Ensemble est donc favorable à ce que cette initiative se concrétise.

Sur le « Pacte de responsabilité », Ensemble propose une démarche et des objectifs qu'il convient de mettre en œuvre.

a) La thèse selon laquelle ce Pacte constituerait la seule possibilité aujourd’hui d'amélioration de l'emploi, donc que le rôle des organisations du mouvement ouvrier est d'exiger des « contreparties » effectives aux cadeaux faits au patronat, doit être dénoncée comme un leurre.

Pour répondre aux problèmes du chômage, de la précarisation du travail, de son intensification, de l'aggravation des inégalités et de la misère, la solution ce n'est pas une « politique de l'offre », c’est-à-dire d'accroissement des profits aux dépens des salaires. Celle-ci ne peut qu’aggraver la crise et ses conséquences en termes de régression sociale et démocratique.
Ensemble doit développer une alternative : mettre en discussion, sous forme d’exigences concrètes immédiates et de propositions politiques un plan de mesures d'urgence pour inverser les tendances actuelles. Afin de consolider cette perspective de réorientation, nous agirons pour inscrire ces mesures dans une perspective de rupture avec les logiques capitalistes, pour une transformation sociale radicale, à partir de critères sociaux, écologiques, démocratiques contradictoires avec ceux du capital et du néolibéralisme. Nous nous engageons à susciter le plus possible de discussions locales, avec toutes les composantes du mouvement social et toutes les forces et les militantEs de gauche qui voudront y participer.
b) Ensemble œuvre à un appel impliquant, outre les parlementaires et élus opposés au « Pacte », un maximum de représentants du mouvement social, syndicalistes, personnalités de multiples secteurs de la société, qui disent haut et fort leur vérité sur les enjeux de la situation.
c) Un tel appel serait un outil pour inviter à un grand débat citoyen, le plus approfondi possible. Il permettrait d’ouvrir des perspectives convergentes communes aux multiples refus des offensives patronales et de la politique gouvernementale. Dès lors qu'il s'agit de choix qui vont déterminer l'avenir de la société, c'est au peuple de décider ! On ne  saurait accepter que tout soit conclu par un « vote de confiance » censé légitimer une politique qui touche aux intérêts populaires fondamentaux. Nous ne pouvons pas accepter qu’une telle opération politicienne autoriserait ensuite le gouvernement à agir par décrets comme l'intention en a été affichée.
Il convient donc de revenir vers le peuple, le débat citoyen, inséparable des mobilisations sociales, doit le permettre et se conclure par une consultation de type référendum.