Avec et dans le Front de Gauche, dans les mouvements sociaux, Construire une force politique nouvelle pour l’émancipation

3.1 ) L'alternative est à refonder.

Il ne s'agit pas de simplement restaurer les problématiques anciennes portées par les partis communistes et socialistes qui ont majoritairement structuré le mouvement ouvrier au cours des deux siècles passés, et qui ont été mises à mal par l'histoire du 20e siècle. Nous savons qu’il faut en dépasser les bilans pour renouer le fil de la lutte historique pour l’émancipation. Il s'agit de faire exister une alternative au capitalisme : de la nécessité et la possibilité d’une transformation de tous les rapports sociaux, d’une humanité émancipée. Il faut donc affirmer une dynamique commune intégrant les grandes et nouvelles exigences pour lesquelles luttent les divers mouvements qui se sont affirmés à la fin du 20e siècle : le féminisme avec le mouvement de libération des femmes, la solidarité planétaire des luttes d’émancipation avec le mouvement altermondialiste , l 'aspiration autogestionnaire réaffirmée dans les combats de classe, la conscience écologique avec les forces de l'écologie politique...
Il s'agit aussi et surtout d'assumer la nécessaire rupture avec ce qui a dominé l’histoire des forces de gauche, sous des formes multiples : une ignorance, voire une hostilité à l'impératif de la démocratie et une vision hiérarchique des rapports entre organisation politique et mouvement sociaux. Nous savons que cet impératif démocratique doit être au coeur de notre conception de la politique dans toutes ses dimensions.
Nous le savons d'autant plus que l'un des aspects de la crise globale et systémique à l'échelle mondiale est la crise de la démocratie représentative, de la politique et de sa représentation.
Cet aspect de la crise prend notamment en France et en Europe la forme d'un rejet grandissant des formes politiques classiques et des partis existants, de plus en plus perçus comme de simples machines électorales. Les partis traditionnels du mouvement ouvrier n'échappent pas à cette crise, de moins en moins capables d’organiser des secteurs importants de la société et en particulier dans le monde du travail (salarié-e-s, précaires, chômeurs et chômeuses) et la jeunesse. La dérive de certaines pratiques ( un fonctionnement pyramidal et hiérarchique, une tendance à l’institutionalisation) a produit des conceptions soit de domination sur le mouvement social, soit de sépararation des tâches (au mouvement social les luttes, au parti et à ses élus d'incarner seul le débouché politique), De leur côté, les forces de la gauche radicale n’ont pas été capables de dépasser l’état de groupes propagandistes ou «d’avant-garde», sans réussir à construire une force politique ayant une influence significative dans la société et le mouvement ouvrier et à même de faire converger les exigences politiques issues du mouvement social.
Voilà pourquoi toute nouvelle force politique qui reproduirait l'existant dans sa conception et son fonctionnement serait vouée à l'échec. Voilà pourquoi nous devons « donner à voir » et ainsi convaincre que d'autres pratiques politiques sont possibles.
Nous considérons le Front de gauche comme l’outil et l'espace politiques indispensables pour relever ces défis, inventer les réponses nécessaires, construire la force organisée apte à les porter.
Nous considérons que le Front de gauche doit se donner pour ambition de faire naître une nouvelle force politique répondant aux défis du temps, représentant une possible réponse à la crise que connaît le mouvement ouvrier. Cela implique une transformation profonde qui demandera du temps, des expériences pratiques et une élaboration théorique en fonction des développements des luttes sociales, et pour les partis politiques des dépassements assumés de leur histoire et de ce qu'ils sont aujourd'hui.
Pour notre part, nous ne prétendons pas disposer du modèle de ce que devrait être cette force politique nouvelle : un « parti » ? Un « mouvement » ? Sans doute, mais en créant des relations avec le peuple, les travailleurs et les mouvements sociaux qui sont totalement à définir ; donc d'un type tout à fait nouveau.,
En revanche, nous sommes disponibles d'ores et déjà pour mener cette réflexion avec toutes celles et tous ceux qui sont intéressés, au premier chef les organisations membres du Front de gauche, mais aussi tou-te-s les militantEs associatives, syndicalistes, de divers réseaux citoyens qui n’ont pas d’appartenance politique actuellement. Nous sommes déterminés à avancer sur cette voie des recompositions politiques que rendent possibles l'existence et la dynamique du Front de gauche tel que nous le souhaitons.

Nous avons réalisé un rapprochement de plusieurs organisations (FASE, GU, Alternatifs, GA, C&A, R&S) qui nous permet d'exister ensemble comme un courant d'idées au sein du Front de gauche. A présent, nous nous engageons dans une nouvelle étape, qui est de travailler à réunir les conditions d'un rapprochement organisationnel qui, dans un premier temps, ne peut être conçu que comme la combinaison de comités locaux et de courants organisés non contraints de se dissoudre.
Nous considérons qu'une concrétisation d'une avancée sur cette voie serait la démonstration de la possibilité de surmonter des divisions politiques héritées du passé, de contribuer à faire converger des traditions et cultures différentes. Et ainsi d'être utiles à tout le Front de gauche et dans les mobilisations sociales, écologiques, féministes, démocratiques..., par le renforcement des capacités politiques qu'elle permettrait pour celui-ci, et en éclairant les voies et moyens de dépasser positivement la situation présente. Tous nous étions rassemblés dans le mouvement des collectifs du NON en 2005. Aucune de nos organisations ou de nos courants ne peut à elle/lui seul refonder une dynamique politique d’ensemble, après les crises multiples des organisations qui se sont côtoyées ou combattues au 20ème siècle, et sont confrontées maintenant à des défis nouveaux de programme, d’élaboration, et face à des expériences inédites. Les anciennes frontières et concurrence entre courants, souvent explicables et justifiées dans leur contexte politique, ne sont plus fonctionnelles pour agir efficacement aujourd’hui, alors que le défi est de rassembler toutes les résistances et toutes les cultures militantes contre les ravages et les régressions de civilisation dues aux crises que connaît le capitalisme contemporain, capitalisme mondialisé et financiarisé inapte à répondre aux risques écologiques, et générant des dangers mortels pour la planète entière et l’humanité. La question est de contribuer à refonder ensemble un nouveau projet, en y apportant le meilleur de nos traditions respectives, et en ayant la conviction que c’est dans l’évolution du Front de gauche dans son entier qu’un tel projet peut prendre sa véritable portée politique.
En même temps, porteurs des histoires qui sont les nôtres et de nos convictions, nous ne cherchons pas à délimiter dans le Front de gauche un espace plus radical, plus révolutionnaire ou plus anticapitaliste, au nom d'une logique de concurrence avec les autres composantes. Il ne s’agit pas non plus de taire les divergences et de ne pas en débattre, mais de le faire, quand il y en a, avec la volonté de dépassement positif des problèmes, en conservant la démarche du consensus, laissant en débat ce qui ne fait pas accord. Lorsque le Front de gauche n’est pas partie prenante d’initiatives ou d’actions unitaires, nous pouvons décider d’y participer comme c’est le cas par exemple à Notre-Dame-des-Landes ou pour les luttes anti-nucléaires.

3.2.) L’impératif démocratique

* L’impératif démocratique doit être au coeur de notre rapprochement comme de la force politique nouvelle à construire à partir de l’outil et de l’espace qu’est le Front de Gauche.
* Cet impératif démocratique c’est la volonté de contrecarrer les logiques de confiscation, de
bureaucratisation et d’institutionnalisation, avec la garantie du pluralisme des débats, le refus permanent de
pratiques autoritaires, manipulatrices et machistes, le refus des rapports de subordination , d’instrumentalisation vis-à-vis du mouvement syndical et social. Cela implique également une rupture avec le modèle du « parti guide » ou « d’avant-garde », ou les conceptions élitistes, et avec le modèle d’une organisation autour d’un seul courant hégémonique. Il s’agit donc vraiment de construire une organisation en
commun, ce qui nécessite un effort subjectif, une volonté partagée, un saut qualitatif.
* Nous voulons un fonctionnement favorisant le débat, l’élaboration et la confiance commune, la transparence, le respect des positions des uns et des autres pour la construction de la conviction mutuelle, l’action commune de ses militant-e-s en fonction d’une orientation nationale. La recherche du consensus est conçue comme processus d'invention collective de solutions qui dépassent les oppositions ou différences initiales.
* Nous favorisons des pratiques concrètes comme le non-cumul des mandats - internes et externes - y compris dans le temps, la parité à tous les niveaux, la recherche de la diversité des origines culturelles et sociales dans toutes les instances, des méthodes d'animation et d'organisation favorisant la participation de chacune et chacun quels que soient les engagements professionnels ou familiaux, le droit des militants à l’objection individuelle ou collective.
* Dans le cadre de notre rapprochement comme pour la force politique à construire à partir de l’outil et de l’espace du Front de Gauche, il s’agit aussi d’inventer une nouvelle relation non hiérarchisée entre « parti » et « mouvement social ». Une force politique perméable aux aspirations exprimées par les mouvements sociaux,
capable de nouer des échanges et des partenariats sur un pied d’égalité avec ceux-ci, une force agissant en permanence pour les alliances politiques et sociales les plus larges pour transformer la société, et présente sur tous les terrains de l’alternative.
* Nous défendons une conception des élus à l’opposé de la « professionnalisation » de la politique en favorisant le non cumul et la rotation des élus. Les élus ne sont ni dans une subordination, ni dans une autonomie totale vis-à-vis du parti. Ils sont porteurs d’un double mandat : celui des électeurs qui les ont désignés au suffrage universel, celui des composantes politiques qui l’ont désigné comme candidat. Ils sont aussi porteurs des pratiques et orientation de leur mouvement. Nous cherchons à favoriser les pratiques de travail collectives qui évitent la séparation entre la vie politique au sein des institutions et ceux qui n’y sont pas impliqués. Il s’agit de favoriser au maximum la co élaboration avec la population et les échanges au sein des organisations politiques, pour permettre d’apporter els meilleurs réponses possibles, de montrer qu’il est possible de faire réaliser des avancées concrètes sur des questions particulières.
* Une fois stabilisée l’organisation commune, avec une évolution des courants d’origine et une confiance démocratique mutuelle, nous visons une organisation qui fonctionnerait selon le principe : une personne, une voix. Dans ce cadre, seraient élues des instances représentatives des groupes locaux et régionaux et des différentes positions politiques en présence.

3.3.) Construire un courant politique commun
dans le Front de Gauche

Pour préciser les règles de travail collectif pour un mouvement en transition, durant sans doute tout au moins la première année, nous pourrions partir des principes suivants :
- Notre regroupement vise à rassembler, sans la nier artificiellement, la diversité de nos expériences pour aboutir à une organisation commune et constituer une force, qui se dotera d’un fonctionnement démocratique, où la voix de chaque individu compte et où seront recherchés les plus larges consensus, qui respectera la parité hommes/femmes, une structuration mixte avec d'une part, suivant les rythmes de développement possible, des adhésions individuelles à des collectifs locaux dotés d'une large autonomie et d'autre part, des courants et composantes organisés à l'échelle nationale
- La recherche du consensus ou de majorités très larges pour éviter un fonctionnement qui pourrait déposséder individus et comités au profit des courants organisés, et réciproquement éviter un fonctionnement qui pourrait faire fi de l'avis des courants toujours existants. Le consensus ne signifie pas le refus de toute procédure de vote : il peut y avoir des votes indicatifs suivis de nouvelles délibérations pour déterminer
comment une décision est prise ou reportée. 
- L'identification de questions politiques qui peuvent être laissées en débat ;
- L'articulation entre collectif militant démocratique et autonomie des individus et des comités;
- Un respect des rythmes ou des niveaux d’engagement militants différents, où chacun-e trouve sa place, un effort constant pour l’information et la formation, de bienveillance et de transparence dans les échanges ;
- Des moyens discutés pour assurer l’égalité femme-homme
- Des temps de débats sur l’orientation et les axes principaux d’intervention donnant lieu, après discussion dans les groupes locaux, à des réunions nationales pour synthétiser les échanges et définir des perspectives.
- Le développement d’ une activité publique (matériel, tracts, site internet ...). Cette activité, qui ne suppose pas la disparition de l’expression propre de chaque organisation, se déciderait au consensus avec une répartition des moyens financiers que cela suppose.

3.4) Travailler aux fondements d’une organisation commune

Les expériences concrètes en commun permettront la poursuite de ce travail de convergence, de vérification politique et d’approfondissement sur les questions d’orientation et de programme, avec plusieurs étapes durant l’année 2014, donnant lieu à des débats locaux et réunions nationales. En même temps seront approfondis ce que seraient les principes politiques fondateurs et les règles de fonctionnement communes qui permettrait la synthèse des différentes expériences et le déploiement des énergies militantes sur la durée.