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LA LETTRE d'ENSEMBLE! 69 de JUIN 2020 (n°32)

Sois responsable et tais-toi … sinon gare !

Une chose est sûre : nous sommes dans l'incertitude ! Nous sommes confronté·es à un gouvernement protecteur (masques obligatoires) mais menaçant (amendes, contrôles, traçabilité), inquiétant (nous n’en avons pas fini avec ce virus) mais rassurant (vous allez pouvoir partir en vacances) … De quoi en perdre la boussole du parfait confiné / déconfiné. Et là il n'est même pas question de savoir qui est le capitaine du bateau mais plutôt de reconnaître le bateau qui nous entraîne dans un monde qu'on nous promet différent, à gauche comme à droite d’ailleurs !
Certaines promesses du gouvernement paraissent émaner de politiques progressistes : « la santé doit sortir du domaine marchand » Pas de problème ! Enfin un projet d'avenir ! Macron serait-il de gauche ? Mais que se passe-t-il quelques jours plus tard : un directeur de Sanofi et ses déclarations de capitaliste nous montrent que rien n'a vraiment changé et que nous sommes encore dans le règne du plus riche. Notre gouvernement, qui se targue de le rappeler à l’ordre, ira t-il jusqu’au bout de ses déclarations ? Nous venons de vivre une situation catastrophique générée par la dégradation des services publics. Et avec le déconfinement on voit refleurir le « partenariat public privé ». Nos dirigeants n'ont pas compris les dégâts de ce soi-disant « partenariat » qui privatise les profits et nationalise les pertes ! On va recommencer ? On ferait mieux de faire l'état des lieux de la crise sanitaire aujourd'hui et celle qui nous attend demain si les mêmes directives sont maintenues et de prendre des décisions adéquates.

Soyons vigilant·es, ce sont des principes fondamentaux qui sont remis en cause sous couvert d’état d’urgence et de relance de l’économie. Les vieilles habitudes reviennent au galop : on demande aux salarié·es hors domaine de la santé d'offrir un jour de congé aux soignants. De la « belle solidarité » ? Non. Du mépris pour les acquis sociaux de 36 et la charité pour les « héros » d'hier.
Et l'on va même jusqu'à licencier Anthony Smith, inspecteur du travail et syndicaliste pour avoir fait du « zèle » en protégeant des salarié·es particulièrement exposé·es au virus (son travail en quelque sorte), comme on attaque la CGT de Renault-Sandouville qui fait elle aussi son travail en protégeant les salarié·es. Ces personnes-là ne sont pas des irresponsables inattentifs à la solidarité nationale mais ils ne veulent pas choisir entre la défense des salarié·es et la relance tous azimuts de l’économie capitaliste en mode débridée comme avant la pandémie.
Il faut faire des choix nous dit le gouvernement. Nous avons fait les nôtres : la résistance et le respect des acquis. Les luttes reprennent dans la santé (Hôpitaux du Vinatier, CHU de Saint Etienne). Des initiatives prennent de l’ampleur, comme la lettre de l’intersquat adressée au Président pour la régularisation de tous les sans-papiers. Des victoires viennent nous rassurer comme la relaxe de Cédric Herrou. Et il y a aussi l’espoir qui nous animera toujours de construire le monde de demain après le repoussoir de ce que nous venons de vivre et la volonté de faire tomber les divergences. Nous vous invitons à lire dans notre lettre les différents appels unitaires syndicaux et politiques comme "Plus jamais ça" et "Ensemble, tout est possible, soyons responsables".



La crise sanitaire : un choc qui pourrait modifier les politiques, notamment les politiques urbaines

La crise sanitaire que nous vivons va entraîner de profonds bouleversements. D’une part elle va provoquer une violente crise économique, une violente crise financière qui se traduira par une crise sociale sans précédent avec des affrontements de classe très difficiles, des révoltes, des mouvements sociaux sur la question du chômage, des logements, de la faim, des salaires.
Et c’est l’enjeu des différents appels que de construire le jour d’après en changeant radicalement de logique économique sociale et en avançant rapidement vers la transition écologique.

De nouveaux comportements qui vont durer au-delà de la crise sanitaire …
Elle se traduit déjà par un profond bouleversement des comportements et des activités économiques sociales culturelles.

• Un essor du télétravail
Le confinement a obligé à changer les comportements. Le télétravail s’est généralisé pour les travailleurs d’une partie du secteur tertiaire (employé·es et cadres notamment) pendant la crise. Mais cette pratique va continuer après, les entreprises le souhaitent comme une partie minoritaire des salarié·es qui l’ont expérimenté pendant le confinement. Cette forme de travail demande à être étudiée (et les syndicats s'y attellent) si elle doit perdurer. Elle devra s'accompagner de garanties pour le salarié : conditions de travail adaptées, temps de travail défini etc... Elle pose également le problème de l'absence de contacts entre les salarié·es.
Pour les particuliers c’est moins de perte de temps, plus de rapports familiaux et un temps choisi (même si le danger bien compris par les syndicats est en fait une augmentation du temps de travail avec l’absence de séparation entre vie professionnelle et privé) ; et pour les entreprises ce télétravail choisi améliore la productivité, diminue de fait la nécessité d’immenses d’espaces de bureaux puisque par roulement une partie du personnel travaillera hors de l’espace de l’entreprise.
D'autre part, la crise sanitaire et les incuries du gouvernement ont montré tant pour les médicaments que pour l’alimentation ou le secteur public, la nécessité des circuits courts de l’autonomie alimentaire et sanitaire.

• Le retour des producteurs et des petits magasins
C’est ainsi qu’il ya eu une pression forte pour rouvrir les marchés de producteurs, et pour étendre cette possibilité d’alimentation par des paniers de légumes fournis par les AMAP ou par les producteurs, tant la queue était grande dans les quelques marchés réouverts. Et beaucoup de citoyen-nes préféraient acheter au marché que dans les supermarchés parfois par choix écologique et parfois par peur de la promiscuité et du danger de contamination dans les grandes surfaces.
L'envie de faire ses achats dans les petits magasins de centre ville va se développer. Ce choix est bien sûr dû à la peur de la contamination plus forte dans les centres commerciaux, mais aussi pour une partie minoritaire, par la volonté de privilégier le commerce de proximité avec aussi l’idée de relocaliser les productions (textiles, petites industries) afin de privilégier la production « made in France » comme le proclame Montebourg.

• L’essor des modes doux
Certes par crainte de prendre les transports en commun, lieux de propagation du virus, beaucoup vont vouloir prendre leur voiture. Mais les Maires des grandes métropoles sont en train d’élargir les possibilités cyclables en réservant des voies entières pour les vélos. De même les marchands de vélos électriques qui facilitent le trajet pour des distances plus longues - au-delà de 6 km) sont en plein essor. Ces comportements vont durer par choix sportif, écologique, et il sera difficile ensuite de revenir aux travées voitures…

… Et qui permettent de remettre en cause les quartiers d’affaires des grandes métropoles…
La crise financière et la crise économique cumulées vont aboutir à des bulles immobilières et financières. Autant par économie que par volonté de rentabilité, l’inflation de constructions de bureaux va cesser ; et d’ici deux ans 20 à 30 % des bureaux seront inoccupés. De même, il sera hasardeux d’investir dans des grandes tours de bureaux. Il est donc fort probable qu’il y ait un fort ralentissement de l’urbanisme de tours par manque de capacité financière.
Et cela vaudra aussi pour les grands centres commerciaux. La peur virale (car de nouveaux virus apparaitront avec la fonte du permafrost par exemple) va faire diminuer la fréquentation de centres commerciaux au profit des magasins de centre ville.
On peut faire l'hypothèse que cette limitation financière pourrait aussi de se traduire pas la baisse des loyers de bureaux ou de commerce de centre ville car la crise économique et les faillites pourraient faire diminuer les baux de location.

… Et d’inventer la ville conviviale de demain
• L’actualité du gel des nouvelles tranches de travaux à la Part- Dieu
Ce n’est donc pas le moment de baisser la barre sur nos exigences. La crise va obliger à diminuer le nombre de bureaux, à faciliter la reconversion de bureaux en logements, et à stopper la construction de bureaux. La revendication de refus du percement de la rue Bouchut et d’un large espace vélos et piétonnier devient d’actualité. Tout comme la nécessite d’espaces verts publics à la Part-Dieu et ailleurs sur les places publiques pour lutter contre la canicule.

• Préemption immobilière et encadrement des loyers
L’intervention des pouvoirs publics et des collectivités va être nécessaire pour sauver le petit commerce. C’est donc le moment non seulement d’encadrer les loyers, mais aussi de constituer des réserves foncières afin d’intervenir pour plafonner les baux des commerçants en fonction d’un cahier des charges allant vers la transition écologique et sociale (favoriser les commerces de produits locaux, le commerce équitable, les commerces qui emploient sans tricher sur les lois sociales, les PME).
Une négociation sur ces perspectives pourrait avoir lieu avec les régies les organismes de logements qui ont intérêt à ce que les bâtiments ne restent pas vides, afin de favoriser une baisse des baux, et les associations de locataires.

• Une ville verte
Les résultats des dernières élections, les comportements au moment du la crise sanitaire montrent que les français sont mûrs plus que les politiques pour engager le pays dans la transition écologique. Les collectifs d'habitants prennent alors toute leur place dans cette perspective. La voie est donc ouverte pour l’extension de véritables pistes cyclables, de parcs publics de pleine terre en refusant les climatisations au profit des plantations d’arbres.

• Un rééquilibrage des réseaux urbains
Inévitablement le télé travail, les modes doux les circuits courts peuvent amener une diminution des « métropoles barbares» (selon l’expression de Guillaume Faburel) au profit du redéveloppement de villes moyennes avec de forts réseaux de transports ferroviaires pour les relier.

Bref la crise globale qui s’annonce peut permettre d’avancer plus vite vers un autre monde possible et vers une autre conception du développement urbain. Et, à ceux qui pensent que cela est impossible rapidement, le confinement décidé par les gouvernements dans le monde entier, la création artificielle de monnaie montrent que TOUT EST POSSIBLE à condition d’avoir une forte volonté politique.
A nous d'exprimer cette volonté et d’en favoriser le rassemblement politique dans les luttes écologiques et sociales comme dans les élections.

Gilbert DUMAS




Une campagne nationale pour la Régularisation ! "Ce ne sont pas les bras qu’il faut régulariser, mais les êtres humains"

Avec la situation de pandémie, la régularisation des personnes sans-papiers vivant en Europe est revenue au centre du débat politique.
Le Portugal a été le premier pays à avoir partiellement régularisé temporairement les personnes liées à une procédure (demande d’asile ou de régularisation). L'Italie a aussi lancé des procédures de régularisation partielle notamment pour les travailleurs/euses agricoles. Des mouvements de sans papiers et des syndicats ont dénoncé le cynisme d’une régularisation purement utilitaire.
En Belgique, malgré le confinement, les collectifs se sont mobilisés tant virtuellement que dans la rue avec un certain écho.
Partout les gouvernements ressentent la pression et y répondent, au mieux, à minima, avec des régularisations de courte durée (trois mois, six mois) assortie
s de conditionnalités fortes. On est encore loin d’un changement de politique. Pourtant, un espace s’est ouvert où s’engouffrent les forces sociales défendant les personnes sans-papiers.
En France, le 30 mai à Paris, plusieurs milliers de personnes ont répondu à l’appel lancé par un collectif de 195 syndicats, associations de défense des droits humains et personnalités (l’appel publié le 28 avril dans Le Club de Mediapart)
A Lyon, A l'initiative du Collectif de soutien aux réfugiés et migrants Lyon-69, ce sont plus d'une centaine de sans papiers qui ont répondu aussi à l'appel national de la Marche des Solidarités. Une action symbolique popularisant la revendication, « Des papiers pour toutes et tous », s'est tenue sur les berges du Rhône. Tolérée par la préfecture, elle a rassemblé près de 400 personnes respectant autant que possible les mesures barrières.

Une convergence des appels pour la régularisation !
Au cours des mois d’avril et mai, se sont succédé tribunes, communiqués de presse, lettres ouvertes et blogs pour réclamer que les personnes sans papiers soient régularisées et dénoncer les situations administratives précaires (voir le fil d’actualité du Gisti).
Le 30 mai, ANVITA*, CIELE*, Collectif Interorga de Rennes, EGM*, Marche des Solidarités, Modus Operandi, RUSF38*, ont décidé de lancer ensemble une campagne nationale pour l'égalité des droits, pour la régularisation, pour l'obtention d'un titre de séjour pérenne sans condition à toutes celles et ceux qui vivent aujourd'hui en France. Elle se déclinera d’autant de manières que les un·es et les autres voudront en imaginer (rassemblements ou manifestations, quand ce sera possible, distribution de tracts explicatifs, banderoles aux fenêtres et balcons, réalisation et diffusion de vidéos et sons, tweets à #Régularisation, courrier type à envoyer aux élu·es, liens avec les initiatives européennes allant dans le même sens …
Une journée nationale d'actions « Régularisation de toutes et tous » se tiendra le 13 juin 2020.
Anne CHARMASSON-CREUS

*ANVITA : Association Nationale des Villes et Territoires Accueillants
*CIELE : Collectif InterSquats Exilé·e·s Lyon et Environs
*EGM : États Généraux des Migrations
*RUSF38 : Réseau Universitaire Sans Frontières 38

https://www.facebook.com/Regularisation/

Lyon 1er – Mairie en temps de confinement ? Le service public sait s’adapter pour continuer !

Avant le confinement, la campagne électorale battait son plein et déjà l’avancée de la pandémie nous obligeait à renouveler près de 40% des assesseurs et présidents de bureau de vote l’avant-veille du scrutin. N’ayant pas été en mesure d’être entendus sur un report, nous avons organisé et tenu les bureaux de vote sans toute la sérénité habituelle.

Dès le 16 mars, l’organisation de la mairie du 1er avec toutes ses compétences s’est poursuivie pendant le confinement. Très vite, l’organisation des permanences, du télétravail et le maintien de tous les services s’est organisé rapidement, avec la volonté et l’engagement sans faille des agents municipaux, dont le sens du service public et la solidarité n’est plus à démontrer. C’est peut-être, espérons-le, au-delà de cet arrondissement, enfin la (re-)mise en lumière de « l’utilité sociale » de l’ensemble de ces fonctionnaires. Par exemple l’accueil téléphonique, les rendez-vous urgents, y compris pour la petite enfance, le logement, les écoles, ont été maintenus ainsi qu’a été instaurée une permanence hebdomadaire de la Maire.

Nous avons cherché le plus vite possible à protéger les personnes en situation de grande précarité et/ou de fragilité et ces actions ont aussi servi à tous et toutes. Les liens très réguliers avec les services de la Préfecture, de la Ville et de la Métropole, ainsi qu’avec le réseau associatif lyonnais (Croix Rouge, la Croix Blanche, les Petits Frères des Pauvres, Médecins du Monde, Alis, Alpil, Jamais Sans Toit, VIFIL, le planning familial, le réseau des AMAP, et bien d’autres) ont permis de trouver des solutions rapidement. 1400 personnes de plus de 65 ans habitant le 1er ont été appelées par les services, les élus et des conseillers de quartier volontaires. Celles qui le souhaitaient ont bénéficié d’un suivi. Des courriels d’information réguliers aux membres des conseils de quartier se sont transformés en une newsletter hebdomadaire qui se poursuivra au moins jusqu’à fin juin.

Un réseau de bénévoles a été rapidement actif et nous avons pu bénéficier d’un coordonnateur, élève de l’IRA (Institut régional d’administration, qui forme les fonctionnaires d’Etat), école avec laquelle nous avons signé une convention de mise à disposition volontaire. Ainsi, nous sommes restés en contact régulier avec le collectif des couturières solidaires, les habitants volontaires pour la distribution ou le portage de paniers repas, les acteurs sociaux et culturels, les conseils de quartier, …

Nous avons maintenu la vie démocratique dès avril en organisant les premiers un Conseil d’arrondissement en visioconférence et diffuser sur Facebook en direct. Nous planifions la relance à distance du Conseil d’arrondissement des enfants et du Conseil territorial des associations. Une lettre aux Aîné·es a été également envoyée dans la continuité des lettres d’information qui leur sont adressées régulièrement en lien avec le Conseil des Aîné·es.
Nous avons obtenu la présence des Maires d’arrondissement dans la conférence territoriale des Maires de la Métropole de Lyon, ce que nous demandions depuis sa création en 2015 ! Nathalie Perrin-Gilbert fait partie du conseil métropolitain de relance même si sur son efficacité et ses objectifs il ne faut pas en attendre des miracles loin de là.
Nous avons bataillé pour que ne soit pas niées les difficultés des soignants et des travailleurs sociaux. Le soutien à l’EHPAD associatif du Bon Secours, laissé tout seul face à des malades atteints de Covid, sans équipement suffisant, est emblématique de la période : pas de masques = pas besoin disait l’ARS ! trop âgés = pas d’hospitalisation ! Nous avons fourni des masques, un aide-soignant volontaire, des visières, jusqu’à ce qu’enfin du matériel arrive…

La Ville de Lyon et la Métropole n’ont pas réussi à anticiper assez la fourniture en masques mais sont-ils responsables ou sont-ils victimes de la pénurie générale ? L’avenir le dira peut-être. Nous avons aidé à cette distribution, en achetant nous aussi des masques, en aidant y compris dans les écoles ou le ministère de l’éducation nationale n’a pas été à la hauteur au moment de la réouverture des écoles, en distribuant en complément aux sans toit, personnes vulnérables, associations. Et là je fais partie des personnes qui disent merci aux tissages de Charlieu, dont les ouvrier·es ont travaillé énormément pour fournir toute la région, en changeant leur production habituelle !

J’évoquerai une autre fois l’alimentation, qui a été et reste un sujet crucial dans les grandes villes, où comment faire du local vraiment et comment assurer que tout le monde mange à sa faim, où comment assurer une continuité de service public quand Elior annonce la fermeture de la cantine centrale de la Ville de Lyon ou que les marchés alimentaires sont fermés.
J’évoquerai une autre fois la bataille du 2ème tour, car les guéguerres politiciennes très atténuées pendant le confinement, reprennent de plus belles en juin. Les services de la mairie ne sont pas du tout emballés par l’organisation d’un second tour, et trouver des assesseurs en nombre suffisants pour les élections Ville et Métropole va relever de l’exploit.
Ce n’est pas encore le monde d’après, avec cette impression désagréable du retour du furieux monde d’avant.

Laurence BOFFET, conseillère d'arrondissement Lyon 1er


Communiqué – 4/05/2020


Non à la réouverture des écoles le 11 mai, oui à l’invention de l’école d’après !

Une décision sans concertation
Le Président, sans aucune concertation préalable avec les partenaires sociaux, a décidé de faire reprendre tous tes les activités à partir du 11 mai notamment les écoles le 12 puis les collèges le 18. L’objectif semble d’ailleurs plus économique (libérer du temps de travail des parents salariés) que pédagogique ou social (répondre aux besoins psychosociaux des enfants et des familles défavorisées). Cette situation met les chefs d’établissement les directeurs et les maires dans l’embarras car on leur demande maintenant de trouver les moyens pour rendre possible une telle décision et leur fait porter la responsabilité en cas d’atteinte grave des élèves.

Des conditions sanitaires impossibles à mettre en place à court terme
Or, les préconisations sanitaires nécessaires du comité scientifique et même de la note du ministère sont quasi impossibles à réaliser. En effet :
- il n’y a pas suffisamment de masques pour garantir une protection collective ;
- les tests de dépistage pour vérifier l’immunisation et la contagiosité des personnels et des élèves ne sont pas prévus ;
- le nettoyage après chaque groupe d’élève des classes nécessitera au moins le double de personnel ATOS alors que ce personnel est déjà insuffisant en temps ordinaire.

Nécessité d’accueillir certains enfants au plus vite
Cependant, il y a nécessité d’accueillir les enfants des soignants et des salarié-e-s qui travaillent dans les secteurs indispensables à notre survie collective en confinement, et, sur critère social, les jeunes dont les parents n’ont donc pas la possibilité d’aider leurs enfants à travailler à la maison. Cela doit être fait avec des personnels de l’éducation nationale ne présentant aucun risque, et dans des conditions optimums de protection.

Cet accueil des enfants ne signifie pas un bachotage effréné pour terminer les programmes, mais doit privilégier l’écoute des jeunes qui ressentent forcément l’anxiété de la situation, des jeux éducatifs ludiques des initiatives culturelles. Il serait possible d’organiser des petits groupes, répartis sur plusieurs lieux, avec des professionnels de la jeunesse, des protections sanitaires et des équipes de nettoyage. Écoles, musées, gymnases, devraient être ouverts seulement pour ces enfants, afin de leur proposer de l’exercice physique, des spectacles de théâtre, des lectures, et ce avec les professeurs mais aussi des professionnels de ces secteurs.
Il est également urgent de préparer avec l’ensemble des personnels une rentrée en septembre qui devra se dérouler dans des conditions totalement inédites. L’objectif est bien d’essayer de préparer dès maintenant la faisabilité de cette rentrée scolaire là, sachant que nous allons sans doute vivre sous la menace de cette pandémie probablement pendant toute l’année. Ceci suppose d’investir dès le mois de juin dans l’éducation en termes de personnels, d’équipements, de fournitures sanitaires, de travaux, voire de locaux. Cela impose aussi de réfléchir plus profondément à l’organisation du temps de travail scolaire des élèves car le virus imposera de repenser les effectifs des classes et leurs emplois du temps en profondeur.

L’ensemble de cette nouvelle école doit se repenser en incluant les expériences et revendications des personnels, ignorées depuis des années. C’est pourquoi, doivent être organisées dès les prochaines semaines, à l’échelle nationale (et en appelant localement à des Assemblées générales) une concertation entre le ministère de l’Éducation nationale et les forces syndicales, mais aussi les parents d’élèves et les syndicats lycéens, et le secteur de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Car c’est dès maintenant que le monde d’après et son école doivent se préparer.

L’Equipe d’Animation d’ENSEMBLE! 69